Méthode · Intelligence collective
Intelligence collective
Trois heures d'atelier. Deux cents post-it. Une photo du mur. Et le lundi, rien n'a bougé. Ça, ce n'est pas de l'intelligence collective. C'est de l'intelligence collectée.
Intelligence collective ou intelligence collectée ?
Le mot est partout. Dans les séminaires, les appels d'offres, les plaquettes de cabinets.
Dans les faits, ce qu'on appelle intelligence collective est le plus souvent une récolte.
On réunit trente personnes. On distribue des feutres. On fait du volume.
À la fin, quelqu'un prend une photo du mur. La photo part dans un compte rendu. Le compte rendu part dans un dossier partagé.
Personne n'a tranché quoi que ce soit. Personne n'est engagé sur rien.
Récolter des avis, ce n'est pas produire une intelligence. C'est produire un stock.
Et un stock d'idées ne fait bouger aucune organisation.
Intelligence collectée
On récolte, on classe, on remercie tout le monde. On repart avec une photo et un sentiment de participation. Le réel, lui, ne change pas.
Intelligence collective
On fait sortir les désaccords, on arbitre, on décide. On repart avec un cap, des porteurs et des dates.
Même salle, mêmes gens, mêmes feutres. Ce qui change, c'est le désir partagé et la façon dont c'est facilité. Pour l'histoire du concept et la définition longue, voir notre guide de l'intelligence collective.
Sans désir partagé, il ne reste que la collecte
La différence ne tient pas aux outils. Les meilleurs outils du monde produisent de la collecte s'il manque une chose.
Cette chose, c'est le désir. Un futur que le groupe veut vraiment atteindre.
Sans désir partagé, chacun défend son périmètre. C'est logique. C'est humain.
Le désir change la question posée au groupe.
On arrête de demander ce qui ne va pas. On demande où on veut aller, et ce qu'on accepte de lâcher pour y arriver.
C'est toute la différence entre un futur subi et un futur voulu.
Quatre signes que vous faites de la collecte
Le mur reste au mur
Les post-it ne deviennent jamais une décision. Ils deviennent un fichier que personne ne rouvre.
Tout le monde est d'accord
Un atelier sans désaccord n'a rien traité. Il a soigneusement évité les vrais sujets.
Personne ne repart avec un nom
Pas de porteur, pas de date, pas de prochaine étape. Donc pas de suite.
Vous refaites le même atelier
Six mois plus tard, mêmes sujets, mêmes gens. Le collectif tourne en rond et le sait.
Le coût de la collecte n'est pas le budget de la journée. C'est ce que l'organisation apprend : ici, participer ne sert à rien.
Répétez l'opération trois fois. Vous obtenez un collectif poli, silencieux et absent.
Gallup mesure 93% de salariés désengagés. Ce chiffre ne tombe pas du ciel. Il se fabrique, une réunion après l'autre.
Nos 18 irritants du quotidien décrivent très précisément à quoi ça ressemble.
La Théorie de la Braise
On me demande souvent de créer l'énergie d'un groupe. Je ne sais pas faire.
Dans une organisation, l'énergie existe déjà. Elle est simplement éparpillée.
Un chef de projet qui y croit encore. Une équipe qui a trouvé sa solution dans son coin. Un cadre lucide que personne n'écoute.
Ce sont des braises. Isolées, elles s'éteignent une par une.
Rapprochées, elles reprennent. Elles se réchauffent entre elles. Le feu revient tout seul.
On ne crée pas le feu. On rapproche les braises.
« L'énergie est déjà dans votre organisation. Elle est juste dispersée, et souvent découragée. Mon métier n'est pas d'apporter des idées neuves. C'est de mettre au même endroit ceux qui en ont déjà, et de tenir le cadre jusqu'à ce qu'ils décident. On ne crée pas le feu, on rapproche les braises. »
– Yoan Lureault, fondateur de Futur Désiré
Un facilitateur ne fabrique pas d'idées. Il crée les conditions pour que celles qui existent se rencontrent.
Puis il tient le cadre pour qu'elles deviennent des décisions. C'est tout le métier.
L'intelligence collective ne sert pas à tout
Voilà l'erreur qui plombe la moitié des ateliers. On mobilise le collectif sur un problème qui ne le concerne pas.
Un problème compliqué a une bonne réponse. Elle existe déjà. Quelqu'un la connaît.
Revoir une chaîne logistique, sécuriser un système, corriger un paramétrage de paie. C'est du travail d'expert.
Réunir vingt personnes pour trancher un sujet d'expert, c'est perdre du temps et de la crédibilité.
Un problème complexe, lui, n'a pas de bonne réponse connue. Il est humain, systémique et mouvant.
Faire coopérer trois directions qui ne se parlent plus. Retrouver un cap après une réorganisation ratée. Là, aucun expert ne détient la solution.
L'intelligence collective sert le complexe. Elle est inutile sur le compliqué.
Problème compliqué
Une bonne réponse existe quelque part. On va chercher l'expert, on décide vite, on exécute. Le collectif n'apporte rien de plus.
Problème complexe
Aucune réponse toute faite. La solution se construit avec ceux qui vivent le problème. Sinon elle ne tiendra pas trois mois.
Quand la question porte sur la façon de travailler ensemble, on est dans le conseil en organisation.
Quand elle porte sur un changement de fond, on bascule côté conseil en transformation.
Dans les deux cas, la matière première est identique : ce que les gens savent déjà et ne disent pas.
Les méthodes d'intelligence collective qu'on pratique
Une méthode n'est pas une garantie. C'est un outil.
Mal posée, elle donne exactement le même résultat qu'un tour de table : du bruit.
Voici celles qu'on utilise, et ce qu'elles servent à produire.
World Café
Faire circuler la parole par petits groupes successifs. Utile pour croiser des points de vue qui ne se croisent jamais.
Forum Ouvert
Le groupe fixe lui-même l'ordre du jour. Redoutable quand les vrais sujets sont connus de tous mais jamais posés.
Dot Voting
Prioriser vite et à la vue de tous. On voit ce qui gagne. On voit surtout ce que personne ne choisit.
Codéveloppement
Un pair expose un cas réel, les autres le travaillent. Le format le plus efficace pour un collectif de managers.
Agoras
Le moment d'alignement collectif de la phase Transformer. On dit devant tout le monde où on en est vraiment.
Blobbie
Notre diagnostic collectif en 9 dimensions, réparties en 3 familles : Sens, Structure, Dynamique. Il montre où ça coince avant d'agir.
Deux confusions qui coûtent cher
Facilitation n'est pas animation
L'animateur fait passer un bon moment. Le facilitateur fait émerger des décisions. Un séminaire sympathique où rien n'est tranché reste un séminaire raté.
Facilitation n'est pas conseil
Le consultant apporte ses solutions. Le facilitateur fait émerger les vôtres. Une solution qu'on n'a pas construite, on ne la porte pas.
Le métier est détaillé sur la page facilitation stratégique.
Et quand le collectif se réduit au comité de direction, le format s'appelle séminaire CODIR.
Comment on la met au travail
L'intelligence collective n'est pas un événement. C'est une séquence.
La nôtre s'appelle le cycle ODCT. Elle est détaillée sur la page méthode.
Regarder le réel sans filtre
Entretiens, immersion, temps passé avec ceux qui font. On cherche ce qui coince, pas ce qui rassure. Phase Observer.
Faire émerger un futur voulu
C'est l'étape que tout le monde saute. Sans elle, la suite n'est que de la collecte. Phase Désirer.
Rendre simple et actionnable
La Boussole 4C : Cap, Contraintes, Capacités, Cadence. Le désir devient un plan tenable. Phase Construire.
Tenir dans la durée
Les Agoras réalignent le collectif à intervalles réguliers. C'est là que ça tient ou que ça lâche. Phase Transformer.
Un chiffre de recherche, pas un résultat maison : 70 à 84% des transformations échouent (McKinsey, BCG, HBR). Les travaux de Kotter et de Keller (McKinsey) montrent que le taux de réussite peut monter jusqu'à 84% quand la transformation part du sens. Ce chiffre vient de la recherche. Nous ne le présentons pas comme le nôtre. Le détail est sur pourquoi ça marche.
On pratique ça depuis 2014, chez Renault, Natixis, ENEDIS, PRO BTP, la Région Normandie, la Casden, la SNCF, BPCE et plusieurs ministères.
Ces maisons ne manquent pas d'idées. Elles manquent d'un cadre pour les faire se rencontrer.
Nos convictions sont posées noir sur blanc dans le manifeste. Nos prix aussi, sur la page tarifs.
Et si vos ateliers finissent systématiquement en présentation, lisez la maladie du slide.
Questions fréquentes sur l'intelligence collective
C'est quoi l'intelligence collective ?
C'est la capacité d'un groupe à produire ensemble une réponse qu'aucun de ses membres n'avait seul. Attention au mot ensemble. Il ne suffit pas de réunir des gens et de récolter leurs avis. Tant qu'un groupe n'a pas de désir partagé, il produit du stock, pas de l'intelligence. L'intelligence collective se mesure aux décisions prises, pas au nombre de post-it collés au mur.
Quelle différence entre intelligence collective et intelligence collectée ?
L'intelligence collectée récolte des idées, fait du volume et repart avec une photo du mur. Personne n'est engagé sur rien. L'intelligence collective fait sortir les désaccords, les arbitrages et les décisions. On repart avec un cap, des porteurs et des dates. Même salle, mêmes gens, mêmes feutres. Ce qui change, c'est le désir partagé et la façon dont c'est facilité.
L'intelligence collective marche-t-elle pour tous les problèmes ?
Non. Elle sert les problèmes complexes, ceux qui sont humains, systémiques et sans bonne réponse connue. Faire coopérer trois directions, retrouver un cap après une réorganisation ratée. Elle est inutile sur les problèmes compliqués, techniques, qui relèvent d'un expert. Réunir vingt personnes pour trancher un sujet d'expert, c'est perdre du temps et de la crédibilité.
Quelles méthodes d'intelligence collective utilisez-vous ?
World Café, Forum Ouvert, Dot Voting, Codéveloppement et Agoras, selon ce que le groupe doit produire. On utilise aussi Blobbie, notre diagnostic collectif en 9 dimensions réparties en 3 familles : Sens, Structure et Dynamique. Aucune méthode ne garantit un résultat. Mal posée, elle produit de la collecte. C'est le cadre et l'intention qui font la différence.
Faut-il un animateur ou un facilitateur ?
Les deux métiers ne produisent pas la même chose. L'animateur fait passer un bon moment au groupe. Le facilitateur fait émerger des décisions. Un séminaire sympathique où rien n'a été tranché reste un séminaire raté. Autre distinction utile : le consultant apporte ses solutions, le facilitateur fait émerger les vôtres. Une solution qu'on n'a pas construite, on ne la porte pas.
Comment savoir si notre intelligence collective produit quelque chose ?
Regardez ce qui se passe le lundi suivant. Si personne ne peut nommer une décision, un porteur et une date, vous avez collecté. Trois autres signaux : le mur reste au mur, aucun désaccord n'est sorti, et vous refaites le même atelier six mois plus tard avec les mêmes gens. Un collectif qui pense laisse des traces dans le réel.
Votre collectif a des idées. Faisons-en des décisions
Vingt minutes au téléphone suffisent souvent à savoir si votre sujet relève du collectif ou d'un expert. C'est gratuit et sans engagement. Et si ce n'est pas pour nous, on vous le dira.